Taolu, Tao, Forme - On fait le poing #7
Taolu, Tao, Forme - On fait le poing #7

Le Taolu, un aspect fondamental du Kung-Fu Wushu

Notre Ecole perpétue l’étude des Taolus (ou Taos), une méthode de travail et de transmission typique des écoles d’arts martiaux traditionnelles. Les Taolus sont des enchaînements de mouvements codifiés, que le pratiquant doit réaliser dans le vide. Un système largement répandu dans les autres arts martiaux asiatiques. Citons les Katas dans le karaté japonais, les Quyens dans le Viet Vo Dao vietnamien, ou encore les Poomse dans le taekwondo coréen.

Taolu, Tao, Forme - On fait le poing #7

Dans les arts martiaux chinois, nous employons les termes “Tao Lu” (mouvements enchaînés) ou simplement “Tao”. Il est commun également de parler de “forme”, un terme générique pour désigner un enchaînement de mouvements codifiés dans une pratique martiale.

Les termes “Taolus”, “Taos” et “formes” désignent donc tous la même chose sur le site.
Attention simplement à ne pas confondre “Tao la forme” et “Tao l’unité, la voie”, un homonyme qui représente un des concepts principaux de la culture chinoise.

Loin d’une simple chorégraphie, les mouvements d’un taolu sont ordonnés d’une façon précise, donnant les clefs d’applications martiales aussi riches qu’anciennes. L’exécution nécessite un véritable travail mental comme physique, un taolu bien réalisé étant comme un combat contre un ou plusieurs adversaire(s) imaginaire(s). L’engagement du pratiquant dans la réalisation du taolu doit donc être palpable, intense, comme il le serait dans un combat réel.

Planche Wu Bu Quan - Taolu On fait le poing 7
Wu Bu Quan, 1er taolu étudié dans notre Ecole

Le taolu, mémoire des styles

Origines des Taolus

Ces formes semblent prendre racine dans des danses rituelles. Les guerriers exécutaient généralement ces mouvements pour s’échauffer et se donner courage avant une bataille, ou encore pour célébrer une victoire. Des rites que l’on retrouve dans d’autres cultures guerrières.

Une bibliothèque technique

Aujourd’hui, les taolus sont avant tout des bibliothèques techniques. L’observation des animaux a permis de mettre au point des méthodes et techniques de combat, perfectionnées par une recherche longue et rigoureuse. Les maîtres ont ainsi réunis les techniques qu’ils trouvaient importantes dans des enchaînements, afin d’en garder la trace. Puis, par le système de transmission, des générations de maîtres se sont succédés et ont enseigné ces formes, qui se sont vues au passage retravaillées, et souvent modifiées.

Des modifications que l’on peut comprendre en prenant en compte une tradition ancestrale propre au Kung-Fu Wushu : l’adaptation du style au bénéfice du pratiquant
Ce sujet sera l’objet d’un futur article.

Un Taolu, plusieurs versions

Il faut aussi considérer le type de transmission alors utilisé : à une époque sans DVD, sans YouTube, sans livre même, l’art martial était essentiellement transmis oralement. Chaque élève interprétait donc ce qu’il voyait à sa façon, et retenait ce qu’il en comprenait. Sans compter qu’un maître ne dévoilait pas tout à chaque élève.

Tous ces éléments expliquent la multitude de version qu’il existe aujourd’hui des taolus traditionnels. Il n’y a donc pas véritablement de “vraie” ou de “fausse” version, simplement des adaptations qui prennent leur sens dans l’histoire d’un style.

A mon sens, la seule importance pour un pratiquant actuel est de comprendre ce qu’il fait. Toute version d’un taolu, si elle est comprise, explicable, applicable, me paraît légitime.

Le taolu, une méthode de travail

Une étude sérieuse des Taolus apporte de nombreux bénéfices pour tout type de pratiquant. En voici quelques uns :

  • Acquérir les bases du Kung-Fu : postures, déplacements, blocages frappes, l’essentiel technique du Kung-Fu Wushu est travaillé par une simple exécution des Taolus. La progression en arts martiaux passant nécessairement par la répétition, le taolu permet de s’améliorer sur tous ces aspects en même temps.
  • Se renforcer : le travail des postures (Bu Fa) contenues dans les formes est très contraignant pour les membres inférieurs. Une exécution répétée des Taolus s’apparente donc à un gainage ciblé des muscles associés (cuisses, abdos, fessiers). Un excellent travail en profondeur donnant force et ancrage au sol.
  • Améliorer sa coordination : les formes font intervenir ensemble les mouvements des bras et des jambes en harmonie avec les déplacements. Un excellent exercice, souvent très difficile pour les débutants.
  • Se former à de nouvelles pratiques : la grande variété de Taolus existants permet à celui qui le souhaite de s’initier à des pratiques martiales nouvelles, comme des éducatifs donnant les bases d’un domaine particulier. Je souhaite commencer le bâton ? Le sabre ? La boxe courte? Améliorer mon souffle ? Il y a un Tao pour ça !
  • Améliorer ses compétences transversales : retenir un taolu est une chose, le maîtriser en est vraiment une autre ! Le pratiquant aguerri prendra soin de travailler tous les aspects physiques et mentaux permettant de rendre une forme vivante : force, vitesse, explosivité, volonté, engagement, concentration, etc. Des compétences largement transférables dans tous les autres domaines du Kung-Fu (notamment le combat, Sanda), et même dans la vie de tous les jours.
  • Chercher, appliquer et comprendre : chaque déplacement, chaque mouvement, chaque respiration, a un but et un sens précis. Chercher à appliquer les mouvements avec un partenaire permet de creuser dans les fondements de son style. C’est le véritable secret pour progresser réellement en Kung-Fu Wushu. Un travail à entreprendre après avoir consolidé des bases solides, soit généralement après la ceinture noire.

Certains Taolus sont par ailleurs dédiés à un travail précis. Citons notamment les formes de Qi Gong, chacune dédiée à un travail interne spécifique (travail respiratoire, circulation, travail des muscles, des tendons, etc.)

Le Taolu, une progression martiale pédagogique bien réfléchie

Les Taolus sont, dans la plupart des styles de Kung-Fu, classés et hiérarchisés de manière réfléchie, donnant aux professeurs et aux élèves un système de progression logique et pédagogique.

Nous travaillons trois styles principaux dans notre École, ayant chacun une logique de progression qui leur est propre.

Les Taolus dans le Hung Gar

Taolu, Tao, Forme - On fait le poing #7 - Fu Hok Hung Gar
Taolu de Hung Gar

Les Taolus sont appelés “Kuen” dans le Hung Gar, du fait des origines cantonaises du style. Les nombreuses branches de ce style ont amenées de nombreuses variantes de formes. Néanmoins les taos principaux sont relativement les mêmes. La progression est linéaire et donc simple à comprendre. Les 1ers Taolus posent les bases du style autour des techniques du tigre et de la grue, tout en amenant un développement physique général. Au fur et à mesure, l’élève travaillera les autres animaux pour se diriger ensuite vers les 5 éléments, la porte ouverte vers le travail interne et énergétique.

Les Taolus dans le Shaolin Quan

Taolu, Tao, Forme - On fait le poing #7 - Luo Han Shaolin
Taolu Shaolin

Le style Shaolin a un fonctionnement bien différent. Ce style très riche et très dense possède un nombre important de formes, sans qu’une progression officielle ne soit définie. L’idée générale est d’apprendre un nouveau taolu afin d’apprendre de nouvelles techniques, ou plutôt une nouvelle méthode de combat. Les Taolus chez Shaolin ont en effet la particularité de développer chacun un aspect, une stratégie du combat. Certains sont d’ailleurs réunis autour d’une même idée générale, ils partagent dans ce cas généralement le même nom. Il faut dans ce cas connaître quelques termes chinois pour savoir de quel type de Tao il s’agit. L’étude d’une “famille” de taos portant le même nom permet de développer une méthode complète et cohérente, comme un style à part entière (un style dans le style…)

Exemples :

  • Qi Xing Quan = forme à mains-nues des sept étoiles (car Quan = poing) / Qi Xing Jian = forme à l’épée des sept étoiles (car Jian = épée)
  • Xiao Hong Quan = forme courte à mains-nues des Hong (Xiao = court, petit) / Da Hong Quan = forme longue des Hong (Da = long, grand)

Certaines formes sont néanmoins considérées comme fondamentales, et donc généralement travaillées avant les autres. C’est le cas de Lian Huan Quan pour le mains-nues, et Yin Shou Gun pour le bâton.

Les Taolus dans le Wushu moderne

Voir l’article “On fait le poing #1 sur le Wushu” pour comprendre ce qu’est le Wushu dit moderne

Taolu, Tao, Forme - On fait le poing #7 - Wushu moderne Yi Lu Chang Quan
Taolu Wushu moderne

Le système du Wushu moderne est une création très récente et fortement pédagogique. La méthode commence par les Ji Ben Gong (mouvements de bases, réalisés généralement en déplacements), qui sont ensuite liés ensembles dans les 1ères formes. Wu Bu Quan, et surtout Yi Lu et Er Lu, sont des éducatifs. Réalisés en aller-retour, ils permettent d’associer tous les déplacements et techniques de base du Wushu, tout en développant coordination, équilibre, force et vitesse. L’élève choisit ensuite sa voie afin de progresser dans un domaine. L’adepte du Sanda s’arrêtera peut-être à San Lu, tandis que pour d’autres il sera le point de départ vers les Guiding, des formes codifiées montant le niveau vers l’aspect purement sportif et artistique du Wushu.

Au niveau des armes, la progression est également particulièrement fluide, avec une difficulté croissante bien pensée :

  1. Travail des Ji Ben Gong : techniques de base de l’arme étudiée
  2. “16” : enchaînement de 16 mouvements exécuté en aller-retour, reprenant les Ji Ben Gong en les combinant
  3. “32” : enchaînement de 32 mouvements, reprenant les 16 mouvements
  4. Guiding

La progression ainsi faite invite à passer toujours au niveau supérieur. L’élève n’aura ainsi aucun intérêt à continuer à travailler les versions inférieures. Il n’y aura par exemple aucun intérêt à travailler le 16 une fois le 32 abordé.

C’est le cas d’une certaine façon en Hung Gar également, même s’il est toujours intéressant de chercher le sens des mouvements de toutes les formes. C’est moins le cas en Shaolin qui, comme on l’a vu, obéit à une logique différente.

Au travail !

Vous êtes maintenant informé de tous les apports que peuvent avoir les Taolus sur votre pratique martiale. Reste à vous y mettre ! Gardez en tête que ce travail régulier est un des meilleurs (peut-être le meilleur) exercice que vous pouvez faire, seuls, en dehors des entraînements.

Je posterai d’ici peu un second article avec la liste des Taolus travaillés dans notre Ecole, telle que vous pouvez la retrouver affichée au club.

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