Boxe longue, boxe courte, boxe du Nord, boxe du Sud
Boxe longue, boxe courte, boxe du Nord, boxe du Sud

Que signifient les expressions boxe longue, boxe courte, boxe du Nord, du Sud, dans les arts martiaux chinois?

Suite à l’article expliquant les différences entre les arts martiaux internes et externes (voir on fait le poing #3), je vais vous présenter maintenant d’autres expressions fréquemment utilisées dans l’univers du Kung-Fu Wushu : la boxe longue, la boxe courte, ainsi que les boxes du Nord et du Sud. De même que pour les arts martiaux internes et externes, le terme « boxe » désigne ici une famille de styles, regroupés par des caractéristiques communes. Il existe donc une multitude de styles regroupés dans chaque expression.

Chang Quan 长拳, la boxe longue, et Duan Quan 短拳, la boxe courte.

Les styles apparentés au Chang Quan se distinguent par des gestes de grande amplitude, utilisant toute la mécanique du corps pour générer une puissance maximale dans les frappes. Les mouvements des bras sont souvent fluides, les déplacements rapides et très variés. L’exécution de Chong Quan, le coup de poing direct, en est l’exemple parfait : la puissance de la frappe prenant naissance au niveau des jambes pour être ensuite amplifiée par la rotation des hanches et des épaules. Les jambes sont également fortement utilisées, avec certaines techniques très impressionnantes et acrobatiques.
En pratique, la boxe longue se reconnaît par des techniques de percussions et de blocages initiées lorsque les deux partenaires sont à distance l’un de l’autre. L’attaquant doit généralement se déplacer pour lancer son attaque, et le défenseur réagit suite à ce qu’il voit. En fonction, il pourra se déplacer, bloquer, frapper, ou tout en même temps. La boxe longue, dans ses fondements, est l’aspect du Kung-Fu qui ressemble le plus aux autres arts martiaux et sports de combats poings / pieds tels que le Karaté japonais ou le Taekwondo coréen. Le style de Shaolin en est un bon exemple, mais il en existe des dizaines d’autres. Les techniques de Chang Quan amènent naturellement au côté sportif des arts martiaux chinois (Sanshou, Sanda).
La boxe longue (Chang Quan) de Shaolin
Le Duan Quan adopte une stratégie complètement différente. Privilégiant la vitesse à la force, les frappes sont très fermées, restant près du corps. La perte de puissance qui en résulte est compensée par une défense largement accrue. En effet, les bras sont toujours en place pour dévier les frappes adverses, et les attaques elles-mêmes servent aussi de défenses. L’exemple parfait est le poing soleil, qui se lance non pas de la hanche mais au niveau du sternum, sans aucun mouvement du reste du corps. Le travail du bas du corps est lui aussi très différent de la boxe longue, le pratiquant évitant au maximum de se déplacer, préférant assurer sa position en s’ancrant efficacement dans le sol. Les coups de pieds sont également très rares et ne dépassent généralement pas la hauteur de la ceinture. En pratique, le Duan Quan prend naissance dans le contact avec son adversaire. Son art consiste à ressentir les mouvements adverses pour mieux y réagir, bien souvent avec des techniques simultanées des 2 bras (déviation et frappe). La réaction ne se fait donc pas ici par la vue mais bien par le toucher. C’est pourquoi les sensations, notamment au niveau des avant-bras, sont beaucoup travaillées pour créer des réflexes. Le Wing Chun est aujourd’hui le style de boxe courte le plus connu, bien qu’il en existe beaucoup d’autres. En tant qu’art de réaction et de réflexes, le travail du Duan Quan amène naturellement vers la self défense.
La boxe courte (Duan Quan) du Wing Chun par Maître Ip Man

Il est intéressant de faire le parallèle entre ces deux aspects du Wushu qui ont tendance, après un travail sérieux, à largement se compléter. Il est donc très judicieux, quand on souhaite étudier le Kung-Fu Wushu dans son ensemble, de ne pas négliger l’un ou l’autre. Travail de frappes et blocages à longue distance d’un côté, travail de déviations et frappes simultanées au contact de l’autre côté. Ces deux faces d’une même pièce permettent de pouvoir utiliser son Kung-Fu dans toutes les situations.

Le Duan Quan (Wing Chun) de Donnie Yen face au Chang Quan (Hung Gar) de Sammo Hung
Certains styles ancestraux l’avaient d’ailleurs bien compris. Le Hung Gar notamment, dont les taos mêlent habilement travail à longue et courte distance.

Bei Quan 北拳, la boxe du Nord et Nan Quan 南拳, la boxe du Sud

Un célèbre proverbe chinois présente une autre forme de regroupement. Ainsi, « Nan Quan Bei Tui » (« Poings dans le Sud, pieds dans le Nord ») suggère 2 grandes familles martiales séparées par le fleuve Yang-Tsé qui coupe la Chine d’ouest en est. L’idée ici avancée considère que les styles du nord comportent les techniques de jambes et de sauts, alors que le sud se concentre sur les poings. Ceci s’expliquerait notamment par les environnements très différent au nord et au sud du pays. Les grandes plaines auraient favorisé les mouvements amples et les grands déplacements. De même, l’utilisation des armes longues et des techniques de sauts serait apparue dans le cadre des combats contre des ennemis à cheval. A l’inverse, les denses réseaux de cours d’eau du sud auraient influencé des techniques courtes et ancrées, adaptées aux combats sur petits bateaux ou terrain humide.
La boxe du Nord (Bei Quan) et ses armes
On remarque un parallèle assez évident entre boxe longue et boxe du nord d’une part, et boxe courte et boxe du sud de l’autre. Cela explique que ces termes soit très souvent confondus, tant sur internet que dans les nombreux livres d’arts martiaux.
La boxe du Sud (Nan Quan) avec le Hung Gar de Gordon Liu
Notons également le caractère assez caricatural du proverbe « poing dans le nord, pieds dans le sud », puisque de nombreux styles peuvent facilement le contredire.

Chang Quan, Nan Quan et Wushu moderne.

 Après des milliers d’années d’évolution du Kung-Fu et des centaines de styles différents, le gouvernement chinois a décidé au milieu du 19e siècle d’organiser et de remanier son art ancestral sur une version plus actuelle appelée Wushu moderne. Les mouvements et taolus ont été codifiés dans un objectif purement sportif et compétitif autour de 3 « catégories » : le Chang Quan des styles du Nord, le Nan Quan des styles du sud et le Taiji Quan pour l’interne.
Ces méthodes mettent en avant l’aspect physique et artistique des arts martiaux. Les techniques traditionnelles, qui en forment la base, ont été très largement complétées par de nombreux mouvements acrobatiques et esthétiques, notamment des sauts. Il en résulte un sport moderne taillé pour la compétition et très intéressant d’un point de vue physique, mais qui a perdu son aspect martial. Les termes Chang Quan et Nan Quan ici utilisés ont de la même façon perdus leurs caractéristiques traditionnelles.
Wushu moderne
Le Wushu moderne et ses sauts

Et l’Ecole Wuxing dans tout ça ? Nous avons choisi de ne pas nous cloisonner à un terme ou une étiquette particulière. L’enseignement alterne donc Chang Quan, Duan Quan, Bei Quan et Nan Quan. Par ailleurs, même si nous utilisons certains mouvements et enchaînements modernes, très intéressants pour progresser physiquement, notre Kung-Fu Wushu reste fondamentalement traditionnel.

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