Pratique des arts martiaux et blessure
Pratique des arts martiaux et blessure

Nous avons vu dans le premier article la fréquence des blessures chez les pratiquants ainsi que les facteurs expliquant leur apparition. Dans ce nouvel article, nous allons nous intéresser aux blessures les plus souvent rencontrées et aux bons gestes à avoir.

L’anatomie du corps

Le corps est composé de 206 os qui sont en interaction les uns avec les autres, c’est ce qu’on appelle les articulations. Pour permettre le mouvement, les os possèdent des facettes articulaires qui possèdent une forme particulière, déterminant le type exact de l’articulation. Ces articulations ont besoin d’être maintenues pour être stables et pour réaliser un mouvement correctement. Pour ce faire, il existe deux moyens d’union : passif et actif.

Les moyens d’union passifs sont les tissus qui résistent aux contraintes, ils permettent le mouvement par leur présence et leur résistance mais n’en sont pas à l’origine. Il s’agit donc des ligaments et des capsules.

Les moyens d’union actifs sont les tendons des muscles, qui stabilisent par leur présence l’articulation et permettent le mouvement par transmission de la force du muscle.

En résumé :

Un muscle squelettique a un point d’insertion sur un os (un point A) et un point de terminaison sur un autre os (un point B). Lorsque l’on veut réaliser un mouvement, on contracte le muscle qui va rapprocher les points A et B. Pour ce faire les deux os vont confronter leurs surfaces articulaires, réalisant le mouvement en étant stabilisé par les ligaments et autres tendons environnants.

Ainsi, de façon générale, une blessure peut survenir sur les structures osseuses, ligamentaires et/ou musculaires. Nous allons voir les blessures les plus fréquentes chez les pratiquants en précisant pour chacune les localisations anatomiques possibles.

Les blessures courantes chez le pratiquant

Les blessures qui vont être décrites ont été choisies suite à un questionnaire rempli par des pratiquants, il en existe bien sûr une multitude d’autres possibles. Seules les plus récurrentes seront présentées ici.

L’hématome

Il faut ici dissocier le terme d’hématome et celui d’ecchymose, souvent confondus.

Un hématome est une accumulation de sang dans les tissus suite à un choc/un coup qui a provoqué la rupture de vaisseaux sanguins.

Une ecchymose est une diffusion du sang suite à un choc/un coup. Elle est située superficiellement et est plus petite en comparaison de l’hématome, c’est ce qu’on appelle plus communément un « bleu ».

Les hématomes comme les ecchymoses peuvent se localiser sur tout le corps, en majorité sur les avant-bras, cuisses, jambes, tronc et pieds du pratiquant, zones de contact avec l’adversaire. La zone importante à surveiller en cas de coup violemment reçu est la tête, car il y a alors un risque de traumatisme crânien.

Lors d’un combat, un coup porté au niveau de l’œil peut causer ce qu’on appelle « un œil au beurre noir », un gonflement des paupières provoquant une vision trouble et incorrecte, associée à une coloration bleutée-violacée de la peau. Il est important de consulter votre médecin dans ce cas, car des complications oculaires peuvent se produire.

L’oreille peut également être touchée par l’hématome, c’est ce qu’on appelle « l’oreille du boxeur » ou « oreille chou-fleur ». Il y a alors accumulation de sang dans le pavillon de l’oreille externe (ce qu’on appelle « l’oreille » dans le langage courant, la partie visible).

Les hématomes, comme les ecchymoses, provoquent une coloration bleutée-violacée avec un gonflement au niveau de la zone d’impact du coup, ils disparaissent après quelques jours.

Conseils :

Pour atténuer la diffusion de sang et donc l’hématome, vous pouvez placer de la glace emballée dans un tissu, ( elle n’est jamais posée directement sur la peau car il y a des risques de brûlure) durant une vingtaine de minutes. L’utilisation d’arnica sous forme de crème ou d’infusion aide également à lutter contre l’hématome.

L’entorse

Comme expliqué précédemment, les articulations sont stabilisées par des ligaments, qui les empêchent d’aller dans certaines directions qui ne seraient pas physiologiques. Les entorses correspondent à une atteinte de ces ligaments, alors étirés de façon excessive. Cela survient lorsque l’articulation a réalisé un mouvement au-delà de l’amplitude normalement prévue.

Ainsi nous pouvons différencier :

  • Les entorses bénignes ou foulures, qui correspondent à un étirement du ligament et pouvant provoquer ou non une douleur et un léger gonflement.
  • Les entorses modérées, correspondant à une déchirure partielle ajoutée à l’étirement des ligaments et provoquant un œdème et un hématome.
  • Les entorses graves où les ligaments sont cette fois-ci rompus, provoquant une diffusion de sang plus importante donc un hématome et œdème plus importants ainsi qu’une douleur plus forte.

En cas d’une suspicion d’entorse, il faudra consulter un médecin ainsi que réaliser un examen radiologique pour déterminer si la cause de l’œdème est ligamentaire ou s’il s’agit d’une fracture ou luxation (il est à noter que celles-ci peuvent s’additionner à l’entorse). Les entorses bénignes nécessiteront seulement une rééducation alors que les entorses plus graves pourront demander une opération ligamentaire, suivie de rééducation.

Pour les pratiquants d’arts martiaux, les localisations les plus fréquentes sont les poignets et les chevilles, articulations très mobiles et donc très sollicitées dans les mouvements, notamment lors des taos.

Une blessure de ce type se produit fréquemment lors de chutes ou d’une mauvaise réception.

Conseils :

Prévention :

  • Si vous réalisez une activité sportive intense, il est important de prendre du temps pour vous reposer, la pratique fragilise les tissus du fait d’une sollicitation importante.
  • Echauffez-vous correctement avant toute séance

En cas de blessures :

  • Immobilisez l’articulation avec une bande le temps de vous rendre chez votre médecin, le but est de limiter le mouvement de l’articulation et donc une quelconque sollicitation des ligaments qui sont déjà blessés. Attention à ne pas trop serrer la bande, la circulation sanguine doit se faire normalement.
  • Ne prenez plus appui sur la jambe (en cas d’entorse de cheville ou de genou) ou ne portez pas de poids avec votre main (en cas d’entorse de poignet) le temps d’aller chez le médecin et qu’il établisse un diagnostic.
  • Mettez immédiatement de la glace (un paquet de petit pois congelé fera l’affaire si vous n’en avez pas) emballée dans un tissu sur la zone blessée, elle limitera l’inflammation. Ne laissez pas le froid plus de 20 minutes.
  • Mettez le membre concerné en élévation afin de permettre un meilleur retour veineux.

La tendinite

Il s’agit d’une inflammation du tendon due à une utilisation importante et répétée de la structure. C’est une blessure assez fréquente chez les pratiquants, du fait de la répétition des gestes pour l’apprentissage et la réalisation des techniques. Elle peut cependant également apparaitre suite à un effort intense après une longue période d’inactivité, suite à une mauvaise hygiène de vie et peut être influencée par certains médicaments.

Elle se reconnait par une douleur près de l’articulation qui est souvent sollicitée et peut y associer une augmentation de la température ou du volume, ainsi qu’une rougeur.

Chez le pratiquant, les poignets, les coudes ainsi que les épaules sont très sollicités (notamment dans des mouvements comme Wu Long Pan Da par exemple), tandis que les hanches, les genoux et les chevilles sont utilisés dans les déplacements ou positions tels que Xu Bu. Ces zones seront donc favorables à l’apparition de tendinites.

Comme pour les autres blessures décrites ci-dessus, en cas de doutes, contactez votre médecin.

Conseils :

Prévention :
  • Avant toute séance, échauffez-vous correctement
  • Essayez de limiter les mouvements répétitifs ou modérez l’effort après une période d’inactivité
  • Ayez une hygiène de vie correcte : une bonne alimentation et une bonne hydratation
  • N’hésitez pas à prendre du repos si vous en ressentez le besoin
En cas de tendinite :
  • Appliquer de la glace emballée dans un tissu durant une vingtaine de minutes, plusieurs fois par jour.
  • Suivre les recommandations de votre médecin quant aux médicaments si vous avez un traitement et aux séances de kinésithérapies.

La fracture

Il s’agit de la cassure d’un os ou d’un cartilage dur. Cette cassure peut se produire avec ou sans plaie (ce qu’on appelle alors « ouverte » ou « fermée »), être incomplète (il s’agit d’une brèche), complète (on a alors deux segments distincts) ou comminutives (plusieurs fragments) et déplacée (les deux segments de l’os ne sont plus en contact) ou non déplacée.

Elle peut subvenir suite à la réception d’un coup violent, ce qu’on appelle un mécanisme « direct », sur le tibia par exemple, provoquant sa fracture.

Elle peut également arriver lors d’une mauvaise chute, ce qu’on appelle un mécanisme « indirect », où le pratiquant se réceptionne sur le bras par exemple et provoque la fracture du radius, un des deux os de l’avant-bras. Ici la fracture n’a pas lieu au point de contact direct entre la main et le sol, il n’y a pas de point d’impact direct, contrairement à l’exemple précédent.

La prise d’un traitement médicamenteux, des pathologies sous-jacentes ou une accumulation de microtraumatismes peuvent également être responsables de la fracture d’un os.

Dans une pratique modérée des arts martiaux, les fractures ne sont pas fréquemment rencontrées, elles arrivent principalement lors de combats, surtout en compétitions.

Pour cette blessure, il n’y aura pas de conseils spécifiques. Il faudra se rendre chez son médecin, réaliser les examens nécessaires à l’établissement du diagnostic et le traitement qui conviendra sera décidé. S’en suivra la rééducation du pratiquant par un masseur-kinésithérapeute avec une surveillance du traitement par le chirurgien. Les conseils et recommandations seront variables d’un type de fracture à l’autre, mais surtout d’un patient à l’autre.

La luxation :

Comme expliqué précédemment, deux os s’articulent en mettant en contact leurs surfaces articulaires qui sont stabilisées par différents moyens d’unions. Toutefois, il arrive que ces moyens d’union ne soient pas suffisants et que suite à un choc, ces deux surfaces ne soient plus en contact mais déviées l’une par rapport à l’autre, c’est ce qu’on appelle une luxation. Le mouvement ne peut donc plus se faire, causant une forte douleur.

Les principales articulations à risque sont l’épaule, le coude et la hanche. De même que pour les fractures, une chute peut entraîner une luxation, ainsi qu’un coup direct ou le port d’une charge très lourde lors d’un entraînement de renforcement musculaire.

A un degré inférieur, il y a la sub-luxation, comme pour l’articulation de l’épaule par exemple, où l’os du bras (humérus), va se décentrer partiellement par rapport à la surface articulaire de l’autre os (l’omoplate).

La luxation ainsi que les fractures déplacées sont des phénomènes pouvant être dangereux, car l’os en se déplaçant peut comprimer les vaisseaux sanguins ou nerfs et bloquer la circulation ou les endommager. Si vous assistez à une luxation ou à une fracture ouverte, appelez les secours et n’essayer pas de remettre l’os en place vous-même, seuls les médecins sont habilités à le faire. Dans le cas d’une luxation, il se peut que le blessé remette immédiatement et par lui-même l’os en place mais il faudra tout de même consulter dans les plus brefs délais un médecin.

 

 

Références:

MANSAT C., DE LADOUCETTE A., DESARNAUD M., La hanche du sportif, 1ère ed. Paris : Masson ; 2001, 120, ISBN : 9782225837593.

SHAMUS E., SHAMUS J., Sports Injury : Prevention & Rehabilitation, 1ère ed. McGraw-Hill ; 2001, 513, ISBN : 0071354751, 9780071354752

DUFOUR M., Anatomie de l’appareil locomoteur : Membre inférieur, 3ème ed. Paris : Masson ; 2015, 552, ISBN : 9782294745027

DUFOUR M., Anatomie de l’appareil locomoteur : Membre supérieur, 3ème ed. Paris : Masson ; 2016, 536, ISBN : 9782294750212

CreaPharm [en ligne] [consultée le 05 mars 2017] Disponible : https://www.creapharma.ch/

Crédit photo:

Hématome: photographie issue du site internet « Docteurclic »

Fracture : photographie issue du site internet « Radiopaedia »

Tendinite: photographie issue du site internet « Medical Daily »

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