Difficile de s’y retrouver dans le vaste océan des arts martiaux chinois. La multitude de styles, d’écoles, de façons différentes de pratiquer, rend toute classification très compliquée. Néanmoins deux courants majeurs se dessinent : les arts martiaux externes et les arts martiaux internes.

Wai Jia, le Kung-Fu Wushu dit externe

Les arts martiaux externes regroupent toutes les boxes dont la progression dépend d’un important travail du corps : souplesse, renforcement, etc. Il en existe des dizaines dont certains très réputés. Citons le Hung Gar, Wing Chun, Shaolin Quan, Choy Lee Fut, Tang Lang, etc.
L’apprentissage du Wai Jia passe par des exercices souvent intensifs et difficiles, qui permettent de développer le souffle, l’esprit et le corps. Un bon exemple, assez emblématique, est le travail contraignant et rigoureux des postures (Bu Fa), qui permet de forger une endurance mentale et physique.
Ma Bu « la position du cavalier »
Les récits et légendes tendent à attribuer l’origine de l’art martial externe au célèbre « temple de la petite forêt » (Shaolin), sous l’influence du non moins célèbre Bodhidharma. Ce moine indien aurait semble-t-il transmis la pensée bouddhiste aux moines chinois de Shaolin, et également le « travail des tendons, muscles et moelles »(Yi Jin Jing – Xi Sui Jing). Cette méditation active permet d’entretenir, de développer et de renforcer le corps. Elle serait à l’origine du Kung-Fu Wushu.
Bodhidharma
Cet art du poing (Quan Fa) sera ensuite forgé et poli au fil du temps, grâce notamment à l’observation des animaux. Leurs déplacements, leurs réactions naturelles face au danger, furent sources de techniques et de stratégies de combats. Les moines utilisaient alors leurs connaissances pour défendre les temples, et ajoutèrent, pour plus d’efficacité, le travail des armes, en commençant bien sûr par le bâton (détournement naturelle du fameux bâton des moines, à l’origine non martial).
Tao de bâton – Shaolin
Le Kung-Fu Wushu externe est aujourd’hui enseigné de façons bien différentes. En plus du Wushu dit « traditionnel », un Wushu dit « moderne », exclusivement dédié à la compétition, a vu le jour au XXème siècle (voir « on fait le poing #1 »). Par ailleurs, il est d’usage de classer les arts externes en d’autres catégories : boxe du Nord / boxe du Sud, boxe longue / boxe courte (voir « on fait le poing #5 »).

Nei Jia, l’art interne

En marge des formes de Kung-Fu externes nées dans le bouddhisme, une approche différente a vu le jour sous l’influence taoïste. Les adeptes de ce courant travaillaient depuis longtemps une forme de méditation mélangeant souffle, visualisation, concentration et circulation de l’énergie. Un travail centré donc sur l’intérieur du corps, son fonctionnement, les relations entre ses organes, etc. Afin de vulgariser ce procédé difficilement accessible et compréhensible au commun des mortels, les taoïstes reprirent l’idée des moines de Shaolin. Ils firent ainsi évoluer leurs techniques en les mettant en mouvement. Des gestes fluides basés sur une étude précise de la mécanique du corps, qui permettent de matérialiser le travail interne, et de l’exploiter pour être efficace en situation de combat. Une pratique qui repose donc plus l’idée du geste parfait que sur l’amélioration des capacités physiques. La puissance générée ne provenant que peu des muscles, mais plutôt d’un placement, d’une attitude.
Le Taï Chi des monts Wudang
Les arts du poings sont regroupés en trois branches majeurs : le Tai Ji Quan  (« Taï Chi), le Bagua Zhang et le Xing Yi.
Ces trois branches comptent des milliers d’adeptes à travers le monde, notamment le Tai Chi, désormais bien connu. Cette impressionnante expansion fait qu’aujourd’hui, au niveau mondial, les pratiquants d’arts internes sont plus nombreux que leurs homologues externes.
Entraînement de masse

De l’interne à l’externe, de l’externe à l’interne

Lao Tseu explique que « l’unité, c’est le tao« . Il nous enseigne qu’on ne peut réellement, si l’on souhaite dépasser un certain niveau, se cloisonner à une pratique entièrement externe ou interne. Comme le montre le symbole du TaiJi illustrant la dualité Yin et Yang, tout ne peut être « tout blanc ou tout noir ».
Les pratiquants d’interne ne peuvent, s’ils veulent devenir efficace, travailler uniquement de façon lente. Ils doivent confronter leurs mouvements à des situations de combat et chercher à développer la puissance de leurs coups. Ils en viennent ainsi petit à petit à un travail externe. Sans compter que malgré un système ne nécessitant pas de grandes capacités corporelles, il est évidemment judicieux voire primordial pour un combattant d’améliorer son physique (meilleur souffle, déplacement plus rapide, etc.).
Le TaiJi, symbole du Yin – Yang
A l’inverse, il est commun que les pratiquants assidus de boxe externe s’intéressent par la suite aux arts internes. La plupart des écoles traditionnelles possèdent des exercices internes de Qi Gong, permettant d’améliorer les capacités du pratiquant par un travail interne. Beaucoup choisissent également d’étudier réellement le Nei Jia. Certains pour aller plus loin dans la compréhension martiale, d’autres simplement pour continuer à pratiquer de façon harmonieuse et efficace malgré un corps peu à peu en déclin (les arts internes demandant, comme on l’a vu, très peu de capacités physiques, à l’inverse des arts externes.)
Maîtrise du geste en Bagua Zhang

Culture et transmission

Nous avons pu voir que le l’art du poing externe a évolué au sein des temples. Les disciples étaient soumis aux règles rigoureuses des moines et de la voie du bouddhisme. Mais le mot d’ordre principal, qui dictait l’évolution d’un élèves était simple : le mérite. Chaque technique enseignée était donnée de façon lente, progressive, forçant la patience et forgeant le mental du disciple. L’art martial est un trésor transmis et affiné depuis des générations, qui ne pouvait être distribué facilement. Un enseignement dur qui s’explique aussi par une époque souvent dangereuse. Le Kung-Fu Wushu avait pour vocation de protéger, de défendre, en aucun cas d’attaquer. Il aurait été inconscient de divulguer trop rapidement des techniques qui auraient pu se retourner contre les maîtres eux-mêmes. Aussi les élèves étaient observés et étudiés pendant de nombreuses années. Un temps nécessaire pour connaître leur véritable personnalité et pour les conditionner à l’art de la paix.
Cette histoire explique le caractère souvent encore secret du Kung-Fu. Les maîtres et professeurs entretenant cette transmission basée sur le mérite. Un aspect qui peut paraître dépassé pour certains aujourd’hui, mais qui fait aussi le charme de notre pratique.
Le légendaire temple shaolin
La transmission du Wushu interne a quant à elle été bien différente. La plupart des styles de Nei Jia se sont développés au sein de clans. De véritables communautés, des grandes familles qui vivaient ensemble. L’art du poing interne avait été conçu au départ pour diffuser plus facilement les pratiques internes taoïstes. L’idée de cacher les techniques n’avait dans ce contexte aucun sens. L’art martial était donc pratiqué aux yeux de tous, à l’extérieur, invitant chacun à venir s’y essayer. Un bon moyen d’entretenir et de propager l’héritage familial.
Cette particularité a elle aussi perduré au fil des siècles. On la retrouve ainsi dans la transmission du Tai Chi, enseigné régulièrement dans les parcs publics.
Taï Chi dans un parc public

Une grande famille

Les spécificités propres à chaque style n’enlèvent en rien les valeurs communes à toutes les écoles comme la recherche d’un bien-être mental et physique, ou encore la propagation d’un art de paix. Sans compter qu’une multitude d’école choisissent aujourd’hui d’enseigner les arts internes et externes en parallèles, qui peuvent ainsi se compléter.
Notre école « externe » utilise d’ailleurs régulièrement des principes des arts internes, notamment ceux du Xing Yi, la boxe basée sur les 5 éléments.
Ce patrimoine, cette identité, fait de toutes les personnes suivant la voie du Wushu une grande famille. Aussi faut-il constamment faire preuve de respect envers les autres écoles et leurs pratiquants.
Et retenez toujours que le plus important n’est pas le style, mais celui qui le pratique.
L’unité dans le geste – Ecole Wuxing
Suite à cette explication, des articles futurs seront dédiés à la présentation des styles (en commençant bien sûr par les styles que nous pratiquons).

0 commentaires

Laisser un commentaire

MENU